La plus grande expo télécoms du continent africain a attiré cette année encore plus d'exposants et de visiteurs que l'an dernier. La plupart des gens semblaient sereins ayant résisté à une année 2009 jalonnée de challenges et voyant les signes d'une nouvelle croissance en 2010.

Une nervosité sous-jacente restait tout de même palpable tandis que différentes parties dans ce secteur cherchaient à absorber les multiples changements intervenus dans les télécoms. Russell Southwood et Isabelle Gross analysent les tendances qui semblent émerger à l'issue de cette conférence.

De nombreuses discussions ont tourné autour de la stratégie de Bharti Airtel se concentrant sur la réduction des coûts opérationnels par l'externalisation et par les plans ambitieux de l'opérateur indien de laisser sa  marque dans d'autres parties du secteur à l'extérieur de ses propres opérations. Leur problématique des coûts affectera tous les opérateurs et 2011 sera peut être la première année durant laquelle nous verrons des « laissez pour compte » dans le secteur mobile. Ils ne feront pas nécessairement faillite mais seront tranquillement racheter par des concurrents à des prix bien moins mirobolants que par le passé.

Le centre d'exposition était plein de vendeurs « écolo » offrant une multitude de solutions basées sur des énergies renouvelables pour les stations de base : vent, soleil, hydrogène ou ammoniaque, il suffit de les citer pour les trouver. Par contre, personne n'offrait quelque chose de plus simple comme par exemple un réseau de transmission d'électricité qui fonctionne vraiment.

Aucun rapport ne peut vraiment relater tout ce qui s'est passé durant AfricaCom. Ce qui suit est simplement ce que nous avons vu et entendu qui semblait intéressant.

Internet Solutions en Afrique du Sud propose à sa clientèle entreprise un logiciel SIP sur mobile qui repère le point Wi-fi le plus proche. Si l'utilisateur est dans les locaux de l'entreprise avec un point Wi-fi ou lorsqu'il ou elle est à l'extérieur de l'entreprise, le téléphone optera pour le point Wi-fi plutôt que pour le réseau mobile 3G. Comme Internet Solutions contrôle environ 80% des points Wi-fi en Afrique du Sud, la société a passé des accords de paiements avec de nombreux fournisseurs de point Wi-Fi dont elle est aussi le fournisseur.

Imaginez un instant qu'un client résidentiel ait la possibilité d'avoir accès à un logiciel SIP similaire. Un nombre de plus en plus important de personnes seraient donc bientôt capables de passer des appels IP par Wi-Fi laissant l'opérateur mobile abandonné au bord de la route. Bien sur l'évolution ne sera pas aussi tranchée que ça mais elle pourrait bien engendrer un changement d'une certaine magnitude au niveau du trafic. Lorsque vous allumez votre portable dans beaucoup de villes africaines, il y a une longue liste de points publics Wi-Fi disponibles.

Un autre sujet en continuation de celui discuté ci-dessus: Elrina Montgomery de Vodacom SA a discuté des changements affectant les coûts du roaming pour la voix et la data (mais selon nous ils ne changent pas assez vite mais ce n'est pas vraiment le moment de lancer ce débat !). Elle a identifié deux principaux concurrents internationaux : Skype (et d'autres comme Google Voice) pour les PC et les ordinateurs portables et de plus en plus Skype pour les téléphones portables. Une réduction des prix du roaming pour la data par Vodacom SA a eu pour résultat une croissance du nombre des consommateurs mais le même résultat n'a pas été achevé après la baisse des prix du roaming pour la voix. Pourquoi ? Selon Elrina Montgomery, la baisse des prix n'a pas été assez significative. Le jeu qui consiste à accuser l'autre en termes de coûts du roaming est compliqué parce qu'il y a deux parties qui potentiellement peuvent facturer des prix élevés mais elle a conclu que comme les prix n'ont pas changé pendant plusieurs années, cela indique qu'ils ne sont probablement pas lier aux coûts sous-jacents. Son argumentation principale était centrée sur le besoin des opérateurs mobiles de baisser leurs prix, d'améliorer leurs services et d'introduire plus de transparence au risque de voir la concurrence leur prendre toute la clientèle.

Avec l'énorme augmentation de bande passante suite à la commercialisation de capacité avec les câbles sous-marins Seacom, TEAMS et EASSy, la croissance de la vente de bande passante internationale s'est un peu ralentie. Ceux qui ont acheté de larges quantités de bande passante rencontrent quelques difficultés à tout vendre. Dans les pays les plus avancés, le développement du marché au détail progresse bien mais même avec des réductions de prix, il faut son temps pour que tous les changements prennent leurs effets.

Les déploiements nationaux et trans-frontaliers de fibre continuent cependant à leur propre vitesse et c'est quelque peu surprenant d'écouter des gens intelligents et bien informés vous dire que le problème est le réseau national pour la distribution de la bande passante. Le lien fibre tant attendu entre la Namibie et l'Angola est en phase test et sa commercialisation débutera sous peu. Paul Hamilton n'a dit par exemple que d'ici six mois il y aura de la fibre allant du Caire jusqu'à Cape Town. Le problème principal qui subsiste est le tarif de transit très élevé que les opérateurs historiques en situation de monopole appliqueront pour traverser leur pays. Le lancement du satellite MEO d'O3B est prévu pour la fin 2012 ou le premier trimestre 2013.

En ce qui concerne le segment Internet en Afrique, des signes avant coureurs indiquent une croissance importante des utilisateurs. Lors du petit déjeuner organisé par Opera, la société a présenté des résultats de recherche montrant que le nombre d'utilisateurs uniques a connu une croissance de 124% en douze mois depuis juin 2009 et le volume de transferts de données a augmenté de 160%. Les douze pays au sommet de la liste ? l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya, l'Egypte, le Ghana, le Soudan, la Libye, la Tanzanie, la Côte d'Ivoire, la Namibie, le Mozambique et l'Ile Maurice.

Les sites les plus visités incluent Google, You Tube, Wikipedia, Getjar, la BBC et goal.com. 61% des utilisateurs d'Opera visitent Facebook. Il y a un nombre croissant de femmes utilisant Opera sur leur mobile avec 43.5% de femmes utilisatrices en Afrique du Sud (le taux le plus élevé au monde) tandis que le Nigéria a le taux le plus faible du monde. 87% des nigérians qui utilisent Opera sur leur portable ont un ami virtuel qu'ils n'ont jamais rencontré.

Ce n'est pas seulement l'Internet mobile qui démontre que les africains veulent utiliser des services Internet. Le service mail et chat de ForgetMeNot Africa basé sur le SMS a été adopté par Glo au Nigéria, Safaricom et Yu au Kenya et Econet au Zimbabwe. Le nombre d'utilisateurs au Nigéria va bientôt dépasser le cap des un million.

Il y a eu des bruits de couloir suggérant que les services de paiement via mobile n'ont pas de succès à l'exception du Kenya. Dans la réalité, MTN en Ouganda compte 1.6 millions d'utilisateurs et réalise un volume mensuel de transferts de l'ordre de 70 à 80 millions de dollars US. Qui plus est, Reg Swart de Fundamo, la société qui fournit la plateforme de paiement via mobile à MTN, a annoncé un accord avec Western Union pour lancer, le mois prochain, un service de transfert international via SMS ciblant la diaspora.

L'industrie des télécommunications est entrain d'absorber des changements venant de différentes directions et les opérateurs intelligents devront s'interroger sur leur capacité à tout faire dans un marché en phase de maturation

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