Mali: Pourquoi Cheick Modibo Diarra refuse de démissionner
- Écrit par La Nouvelle Expression, Par Edmond Kamguia K.
Malgré la pression d’un groupe de partis politiques et d’associations et au lendemain du retour de France du président Dioncounda Traoré, le Premier ministre malien a affirmé samedi qu’il ne démissionnera pas de ses fonctions.
Dans un entretien accordé à Africable, une chaîne de télévision basée à Bamako,le Premier ministre de transition malien Cheick Modibo Diarra a été clair : «Je ne démissionnerai pas. Si je dois démissionner, à qui je dois remettre ma démission ? Parce que l’accord-cadre (de Ouagadougou) dit que le président (intérimaire) ne peut pas accepter ma démission », a-t-il déclaré samedi. L‘ accord dont il est question avait été signé le 6 avril dernier entre l’ex-junte qui avait renversé le 22 mars 2012 le président Amadou Toumani Touré et la médiation ouest africaine. Cette dernière avait prévu la remise du pouvoir aux civils, notamment un président de la République par intérim et un Premier ministre de transition.
«Je ne vais jamais démissionner»
Modibo Diarra a son avis sur ce sujet : «On m’a confié une responsabilité, celle de diriger ce pays pendant la transition, de reconquérir le Nord, d’organiser des élections crédibles, transparentes pour qu’il n’y ait pas de conflits post-électoraux», a-t-il affirmé. En poste depuis le 17 avril 2012, Modibo Diarra a également souligné le fait d’être «un enfant de ce pays, le Mali qui m’a tout donné. Et quand ce pays me confie une tâche, tant que je resterai debout, je ne vais jamais démissionner», a-t-il ajouté. Il importe de préciser que la déclaration de Cheick Modibo Diarra est survenu a lieu au lendemain du retour à Bamako du président Dioncounda Traoré. Lequel a passé deux mois de convalescence à Paris suite à une agression le 21 mai 2012 dans son bureau, par une foule surexcitée qui l’avait violemment frappé et grièvement blessé pour l’amener à quitter le pouvoir.
Le président malien par intérim Dioncounda Traoré est donc de retour depuis vendredi au Mali. Il doit travailler à la formation d'un gouvernement d'union nationale, exigée d'ici mardi prochain par la Cédéao, sous peine de sanctions économiques et politiques. Dioncounda Traoré doit décider du maintien ou du remplacement de Cheick Modibo Diarra dans ses fonctions. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao) avait effectivement donné jusqu’au mardi 31 juillet 2012 aux autorités de transition pour former un gouvernement d’union nationale. Un gouvernement qui aurait plus de légitimité à solliciter une intervention militaire dans le Nord du Mali. Une contre-offensive visant à libérer le nord du pays entièrement occupé depuis quatre mois par les islamistes liés à Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).
Mardi dernier, le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (Fdr), qui regroupe une centaine de partis politiques dont l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) du président Dioncounda Traoré, des syndicats et des organisations de la société civile, avait, dans un communiqué, demandé la démission de Diarra. Le Fdr estime que l’actuel Premier ministre malien n’«aucune stratégie» pour libérer le Nord du Mali. Le Fdr avait manifesté contre le coup d'Etat du 22 mars 2012. Le Fdr avait accusé Cheick Modibo Diarra « d'incompétence et d'amateurisme » face aux immenses défis auxquels le Mali est confronté le pays.
Les observateurs espèrent que toutes les garanties nécessaires quant à la sécurité personnelle de Dioncounda Traoré sont réunies pour que ne se reproduise pas l’agression dont il avait été victime dans son propre bureau à la présidence par de jeunes manifestants armés et cagoulés, présumés proches de l'ex-junte militaire du capitaine Amadou haya Sanogo. Des individus qui s’attaquent aussi aux militaires, aux hommes politiques, aux hommes d'affaires et aux journalistes considérés comme partisans ou sympathisants de l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT).
La résolution de l’Onu attendue
Selon des témoignages recueillis par la presse malienne et des défenseurs des droits de l'Homme, des exécutions sommaires et de tortures sont commises notamment à la caserne de Kati, près de Bamako, au quartier général du capitaine Amadou Sanogo. Jeudi dernier à Abidjan, des responsables militaires de la Cédéao avaient dit attendre une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu pour déployer au Mali pas moins de 3000 hommes en vue de reconquérir le Nord et sécuriser les organes et les dirigeants de la transition à Bamako. Au départ, le Conseil de sécurité de l’Onu s'était abstenu de donner un mandat à une éventuelle force ouest-africaine au Mali. Il attendait encore récemment des précisions sur les contours et la mission d’une telle force.
Président en exercice de la Cédéao, le chef de l'Etat ivoirien Alassane Dramane Ouattara avait déclaré jeudi lors de sa visite à Paris, à l'issue d'un entretien avec le président français François Hollande espérer une résolution « dans les tout prochains jours » pour une éventuelle intervention militaire. La Cédéao continue également d’attendre une demande formelle de Bamako et une aide extérieure, logistique et technique, que plusieurs pays occidentaux, dont la France, sont disposés d’ores et déjà à apporter. Dans sa la tournée entamée jeudi soir au Niger et qui s’est poursuivi au Burkina Faso, au Sénégal et au Tchad, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius discute des modalités de ce soutien avec ses différents interlocuteurs.
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