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Nationalisation du cacao ivoirien : l’ordonnance de Gbagbo fait le buzz

  • Écrit par Marc-Olivier Kassy
cacao ivoirien

Selon les statistiques de la Bourse du café et du cacao, au 7 mars dernier, 475 345 tonnes étaient encore stockées aux ports de San Pedro et d’Abidjan et en brousse, pour une valeur d’1,8 milliard de dollars, suite à l’interdiction des exportations décrétée par Alassane Ouattara. Mais Le camp Gbagbo repasse à l’attaque en nationalisant la filière. Vingt-quatre heures après l’annonce, c’est le buzz : on assiste à un déferlement de réactions économico-diplomatiques.

But de la manoeuvre : sortir de l’asphyxie financière

« L’achat du café et du cacao aux producteurs et aux groupements de producteurs s’effectue désormais exclusivement par l’Etat, sur l’ensemble du territoire national, suivant un prix déterminé par l’Etat en début de chaque période de vente », indique une ordonnance du gouvernement Gbagbo lue à la RTI (Radiodiffusion télévision ivoirienne). « Les exportateurs agréés » devront s’approvisionner « en fèves de cacao et en café vert auprès de l’Etat ou de toute personne morale mandatée par l’Etat ».

Pour Laurent Gbagbo, le but de l’opération est de sortir de la filière cacao de la léthargie dans laquelle elle se trouve, suite aux sanctions de l'Union européenne, notamment l'embargo de fait sur les ports d'Abidjan et de San Pedro et de contrer l’arrêt des exportations de cacao décrété par son rival Alassane Ouattara le 24 janvier dernier et reconduit jusqu’au 15 mars prochain. La nationalisation lui permettrait ainsi de contourner les multinationales qui se sont pliées à l’interdiction d’exportation.

Des réactions virulentes de Paris et Washington

La France condamne la « décision illégale » de Laurent Gbagbo « annonçant une spoliation des entreprises des filières cacao et café présentes en Côte d'Ivoire », a noté aujourd'hui le ministère français des Affaires étrangères. « Cette décision n'a d'ailleurs aucun effet en droit puisqu'elle émane d'autorités qui ne sont pas légitimes pour prendre des décisions au nom de l'État ivoirien », a précisé Bernard Valero, porte-parole du ministère. « C'est une spoliation d'opérateurs privés, qui va approfondir davantage la crise économique dans laquelle Laurent Gbagbo, qui a déjà attaqué la banque centrale, a plongé le pays », a-t-il ajouté.

Pour Paris, « les jours de Gbagbos sont comptés » titre Reuters selon une source diplomatique française estimant que « la décision de Laurent Gbagbo, lundi, de spolier les entreprises des filières cacao et café présentes en Côte d'Ivoire semble inopérante. »

Pour Washington, les plans de nationalisation du secteur du cacao en Côte d'Ivoire « reviennent à du vol », a prévenu Philip Crowley, porte-parole du département d'État américain, en assimilant cet arrêté à «  nouvel acte désespéré dans sa campagne pour s'accrocher au pouvoir ».

Des avis mitigés de la part des professionnels du secteur

L’annonce de nationalisation a particulièrement agité le secteur cacaoyer.

Sylvie Guillaume, trader dans le secteur du cacao, pense que la décision de Laurent Gbagbo va accroître la volatilité du cours de la fève. « En ce qui concerne le marché international, effectivement, les gens tirent un peu partie de ces prix qui sont un petit peu fous. Néanmoins, les gens sont quand même tétanisés par le marché (…). Pour ce qui concerne les négociants, les différents acteurs (…) sont censés avoir livré et ils ne peuvent pas recevoir leurs marchandises. Cela pose un gros problème de qualité et de respect du contrat. », explique-t-elle sur RFI.

Dans le même esprit, Luis Rangel, vice-président d’ICAP Futures, craint l’aggravation de la confusion sur les marchés. « On ne voit pas la fin. L’annonce d’hier crée davantage de confusion car les entreprises ne savent plus lequel des deux dirigeants suivre. », dit-il dans une déclaration rapportée par Bloomberg.

Plus optimiste, Benoît Behi, représentant de l'Unaproci, union nationale des producteurs de cacao, estime que les producteurs de cacao ivoiriens sont satisfaits de la décision prise par Laurent Gbagbo. « L’Etat a pris les mesures réglementaires pour intervenir dans la régulation de la commercialisation du café-cacao. Ça va nous permettre peut-être, dans un premier temps, de développer nos organisations professionnelles, d'améliorer et de réguler le revenu du producteur et d'améliorer la qualité du café et du cacao ivoirien. », dit-il dans une déclaration à RFI.

Cedric Chehab, directeur matières premières de Business Monitor International, a quant à lui anticipé les conséquences sur la deuxième récolte annuelle de cacao en Côte d’Ivoire réalisée entre les mois de mai et d’août. Pour lui, « le véritable risque est de voir l’embargo s’étendre au-delà du mois de mai, lorsque la récolte intermédiaire arrivera ».



A propos de l'auteur
Marc-Olivier Kassy
Titulaire d'un master de communication, Marc-Olivier travaille à Paris comme chargé des relations extérieures au sein d'une société audiovisuelle. Il est passionné d'actualités et aime particulièrement connaître les vraies histoires derrière les annonces furtives
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