Economie & Finance Analyses économiques et financières La montée des nations autochtones d’Afrique dans les affaires et l'économie mondiale

La montée des nations autochtones d’Afrique dans les affaires et l'économie mondiale

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La ruée de l'Europe vers l'Afrique au 19ème siècle a démantelé le continent géographiquement et administrativement en structures opposées aux structures des nations autochtones établies de longue date. De même que les nations autochtones africaines, les Amérindiens et autres peuples autochtones, ont vécu des horreurs similaires à travers le monde.

Dans certains cas, des populations entières ont été anéanties. En Afrique, il y avait une période où tant de gens mouraient ou étaient déportés ailleurs que la croissance démographique du continent avait considérablement ralenti, voire même diminué.

Mais au 21ème siècle, une proposition différente se présente aux nations autochtones du monde entier. Par exemple, la population africaine est une des plus importantes au monde avec le taux de croissance le plus rapide. En 2100, une personne sur trois dans le monde entier devrait être de descendance africaine. Ceci suggère une montée en puissance à la fois formelle et informelle à mesure que les gens se déplacent sur l'échelle socio-économique.

Beaucoup de nations autochtones d'Afrique font face à ces défis, car, dans les régions rurales, elles demeurent à la périphérie de la société moderne. La plupart des pays africains sont confrontés à la façon d'améliorer considérablement les services de base, même dans les communautés rurales. Dans certains pays, cela est plus significatif lorsque la majorité des gens vivent encore dans des zones rurales : c’est le cas de l’Ethiopie. A l’échelle du continent, la part de la population urbaine de l'Afrique vient juste d’atteindre les 50% ces dernières années, ce qui signifie qu’au moins 500 millions de personnes vivent encore dans des communautés rurales mal desservies.

Quand on entend cela, on peut se demander quelle est donc la proposition différente qui est présentée aux nations africaines autochtones. Pour bon nombre de ces nations, il s’agit de la terre : les terrains non bâtis sur lesquels ils siègent, c'est la richesse cachée.

Avant de détailler les possibilités pour les nations africaines indigènes, regardons l'histoire des nations autochtones américaines. Les amérindiens ont été chassés de leurs terres traditionnelles et placés dans des réserves au 19ème siècle aux Etats-Unis. Dès lors, la plupart de ces nations avaient été en déclin, à la périphérie de la société américaine. Mais quelque chose a changé le paysage pour un certain nombre d’entre elles, car, depuis, l’autonomie leur a été accordée. En substance, elles constituent des nations au sein d'une nation et gèrent leurs terres séparément, mais toujours dans les limites du gouvernement américain.

Cette seule concession faite par les Etats-Unis a poussé un nouveau flot de liquidités cash dans les communautés amérindiennes : les casinos. Beaucoup de municipalités américaines interdisent traditionnellement le jeu, de sorte que les gros opérateurs de casinos ont été la recherche d'endroits pour se développer et ils ont trouvé des partenaires au sein des communautés amérindiennes. L'activité des casinos est un exemple d'un mélange de malédictions et de bénédictions parce qu’elle a d’une part amplifié les problèmes sociaux comme l'alcoolisme dans les communautés amérindiennes, mais dans le même temps a permis à ces communautés d’être inondées de liquidités. En fait, lorsque la crise économique a frappé les Etats-Unis en 2008, ces nations étaient assises sur des milliards de dollars cash.

L'expérience des Nations amérindiennes avec des entreprises de casino démontre la possibilité d'opportunités d'affaires non traditionnelles à la fois pour les communautés autochtones et les industries. Les nations autochtones africaines avec leur autonomie peuvent présenter un cas unique pour les collectivités, ainsi que pour les entreprises et les investisseurs.

Avec l'augmentation de la demande mondiale en matières premières, en eau, en nourriture, et en minéraux dans les vingt prochaines années, les nations autochtones d’Afrique possédant ces actifs non développés sont intrinsèquement riches. Ajoutez à cela l'autonomie, des modèles d'affaires uniques fondés sur le partenariat entre les nations et les entreprises sont largement possibles.

La nation Royal Bafokeng en Afrique du Sud est un excellent exemple de la façon dont une nation africaine indigène développe ses richesses naturelles et ses habitants. En fait, la Royal Bafokeng, avec une population d'environ 300.000 habitants, est située sur l'une des plus importantes sources de platine du monde. Pourtant, les droits de propriété des terres de la Royal Bafokeng avaient été dépouillés pendant la période coloniale et l'apartheid en Afrique du Sud. Les Anglo-américains ont finalement restitué les droits à la réserve de platine à la nation.

La nation est toujours dirigée par sa famille royale traditionnelle. Le roi Kgosi Leruo Molotlegi en est le monarque actuel. Toutefois, les actifs de la nation sont organisés comme une entreprise d'investissement communautaire appelée la Royal Bafokeng Holdings (RBH). Le portefeuille d'actifs est de plus en plus diversifié avec l'exploitation minière (69%), les télécommunications (10%), les liquidités (10%), les services (7%), les infrastructures (2%), les services financiers (1%), et la fabrication (1%). RBH a investi dans des sociétés comme Vodacom en Afrique du Sud, DHL Express Afrique du Sud, Zurich Insurance Company en Afrique du Sud, et Astrapak Afrique du Sud. Le portefeuille avait une valeur estimée à 5 milliards de dollars US en 2010. Les citoyens de Royal Bafokeng sont les principaux actionnaires de RBH par l’intermédiaire d'une fiducie.

Sur le plan du développement social, Royal Bafokeng a une vision et une stratégie de développement social. Certaines des principales composantes sont un collège et le stade Royal Bafokeng, qui a été l'un des stades utilisés pour la Coupe du Monde de la FIFA en Afrique du Sud en 2010. La nation investit également dans le développement des entreprises, l'éducation, les arts et la culture.

La nation est une partie de l'Afrique du Sud, mais fonctionne via une combinaison de lois autochtones et de lois nationales sud-africaines. Même s'il n'est pas élu, le roi Molotlegi opère sous les lois Bakofeng qui incorporent des mécanismes pour s'assurer que sa majesté, ou tout autre monarque, accomplit la volonté du peuple. Il y a aussi plusieurs niveaux de gouvernement local, par exemple, les représentants du village élus qui représentent leurs communautés au conseil consultatif du roi. Bien que n'étant pas un régime démocratique comme les Occidentaux le concevrait, ces mécanismes permettent de s'assurer que la volonté du peuple soit entendue et réalisée. La structure de l'entreprise RBH, cependant, reflète des formes typiques de gouvernance d'entreprise, y compris un conseil d'administration, des actionnaires et dirigeants.

Royal Bafokeng n'est pas une nation isolée et adopte à la fois ses traditions et ce que le monde peut leur apporter. RBH a des investissements dans des entreprises extérieures et des partenariats pour tirer parti du portefeuille d'actifs. Sur le plan social, le roi Molotlegi tend la main à d'autres pour enrichir la vie des citoyens Bafokeng. Sa majesté a récemment visité la Nouvelle-Zélande à la recherche de partenariats dans l'éducation et la culture avec les Maoris, peuple indigène de Nouvelle-Zélande.

Royal Bafokeng est l'architecte et l’administrateur de son avenir, aussi bien que l’intendant des ressources héritées qui peuvent profiter à la fois la nation et au monde. La nation a été capable de s'accrocher à son identité et ses coutumes traditionnelles, tout en embrassant le monde moderne.

D'autres nations autochtones ont besoin de reconnaître cette position et de fonctionner dans cette direction même si elles sont aux prises avec des défis majeurs comme la pauvreté. Plus les nions autochtones d’Afrique comprennent cette position et se concentrent sur la création de richesse communautaire versus la richesse personnelle, plus elles seront en mesure de puiser dans la richesse de leurs actifs en hibernation. Royal Bafokeng reste un exemple de modèle et chaque nation africaine indigène devrait créer son propre espace unique.

Les entreprises et les investisseurs qui s'aventurent en Afrique en quête de terres et de ressources, pourraient avoir à sortir de la notion de propriété privée. Les terres indigènes sont souvent vastes et en communauté de biens, sous l'administration des chefs traditionnels. La location de terrains serait un modèle plus plausible pour accéder aux terres. Dans un pays comme la Zambie, qui a beaucoup de terres arables et des ressources en eau abondantes propices à l'agriculture à grande échelle, plus de 90% des terres appartiennent à des nations autochtones. Même dans des pays comme la RDC où le gouvernement détient les droits miniers sur les terres locales, les nations autochtones résident encore sur le terrain et les accords doivent souvent être conclus avec eux pour les plans d'affaires.

La plupart des entreprises et investisseurs devront rechercher des partenariats stratégiques avec des nations autochtones plutôt que de racheter des modèles d'affaires. Premièrement, les gouvernements africains limitent de plus en plus les modèles d'affaires prédateurs. En Zambie, les nations autochtones ne peuvent pas aisément vendre une grande partie de terres aux étrangers. En RDC, les investisseurs étrangers doivent établir des installations locales pour renforcer les économies locales au lieu de simplement extraire les minéraux. Du point de vue concurrentiel, les nations autochtones seront en mesure de choisir avec qui ils travaillent à mesure que la demande augmente, laissant de côté ceux qui ont le mauvais modèle d'affaires.

En outre, plus les citoyens des nations indigènes profitent de la valeur accrue de leurs actifs, plus ils deviennent des marchés de consommation recherchés. Royal Bafokeng avec une population de 300 000 habitants équivaut en termes de taille à un marché de consommation d’une ville de taille moyenne.

La montée des nations autochtones de l'Afrique représente un changement émergent qui va progresser rapidement dans les vingt prochaines années. Cela ne sera pas évident dans les cinq prochaines années, mais si les nations se positionnent elles-mêmes au niveau de la demande mondiale croissante en ressources, nous devrions assister à un nouvel équilibre dans les domaines économique, politique et social en Afrique et dans le monde entier.

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Une analyse de Lauri Elliott, stratège spécialiste des marchés émergents. Version française par Gérard K. B. en exclusivité sur nextafrique.com

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