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Financement de l’économie camerounaise : Quand les banques entravent l’action de la BEAC

  • Écrit par La Nouvelle Expression, Par Omer Mbadi Otabela
beac

D’après le Fmi, les différentes baisses du taux directeur de la banque centrale sous-régionale, pour lutter contre la crise, ont du mal à se répercuter sur l’économie camerounaise. En cause, la surliquidité bancaire et le faible potentiel des prêts des banques commerciales.

« Baisser le taux directeur revient à baisser le coût de l’argent. C’est ce qui se passe lorsque les économies sont en crise », déclare le pédagogue Lucas Abaga Nchama, le 23 juillet 2010. A l’issue du Comité de politique monétaire (Cpm) de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) qu’il vient de présider, le gouverneur annonce à la presse la baisse, entre autres, du taux directeur de la banque centrale sous-régionale.La troisième à laquelle on procède depuis le 23 mars 2009. A cette date, le Cpm décide de réagir par une baisse générale des taux. Tenant ainsi compte de la récession au sein de l’économie mondiale depuis le dernier trimestre de 2008 et de ses répercussions sur les économies sous-régionales. « Toutes ces mesures visent à inciter à la relance économique en zone Cemac », s’enthousiasme alors Philibert Andzembe, le prédécesseur de l’actuel gouverneur. De fait, le taux directeur de la Beac, à savoir le taux d’intérêt des appels d’offres (Tiao), a perdu 150 points de base depuis décembre 2008, passant de 5,50% à 4% à ce jour.

Une option de politique économique dans l’air du temps, dans la mesure où, parallèlement à cette stratégie monétaire, des Etats comme le Cameroun adoptent aussi des politiques contra-cycliques pour endiguer les effets de la crise.

Cependant, cette mécanique monétaire classique laisse le Fonds monétaire international (Fmi) songeur quant à son efficacité. Dans son dernier rapport sur les perspectives de l’économie camerounaise, l’institution de Bretton Woods prend acte de cette « politique monétaire accommodante » et enchaine : « Même si l’effet sur le crédit et l’activité réelle reste à démontrer en raison de la faible transmission (surliquidité des banques et faible intermédiation). »

Ainsi, une impulsion de la banque centrale visant à rendre le crédit moins cher et abondant, afin de faire repartir l’économie se trouve enrayée en raison d’une abondante liquidité dans les banques et de ce que celles-ci ne prêtent pas assez. « Dans nos pays, rares sont les banques qui fixent leur taux en fonction du Tiao. Ceci s’explique par le fait qu’elles sont assez liquides, en conséquence, elles ne se refinancent pas auprès de la banque centrale. A titre d’illustration, en dépit d’une baisse régulière du Tiao, le niveau des réserves des banques commerciales est passé de 650 milliards de Fcfa à fin 2007 à 900 milliards Fcfa à fin 2010 [voir tableau, ndlr] », explique Eric Nanfa qui dirige le cabinet ECN Finance spécialisé dans l’ingénierie bancaire.

Tension de trésorerie

Pourtant, historiquement, ce schéma a souvent marché sous d’autres cieux. « Pour qu’une baisse des taux de la banque centrale se répercute sur l’économie, il faut au préalable que les banques commerciales soient en situation de tension de trésorerie, analyse Robert Tangakou Soh, enseignant à l’université de Douala. Ce qui les amènerait à s’approvisionner en liquidités auprès du marché monétaire de la banque centrale. Par conséquent, un infléchissement des taux de la banque centrale inciterait les banques à emprunter plus auprès d’elles et à prêter à des taux plus bas au public. »

Le deuxième facteur qui, selon le Fmi, entrave l’efficacité de la politique monétaire de la Beac dans le contexte camerounais se trouve validé par Eric Nanfa. « Notre pays connaît effectivement une faible intermédiation comparée aux pays à revenus intermédiaires et ceux au Sud du Sahara. A fin 2010, en dépit d’une croissance du volume des prêts de près de 15% entre 2009 et 2010, la part des crédits accordés par les banques camerounaises à l’économie atteignait seulement 13% du Pib. Ce chiffre est à comparer à la moyenne des autres pays en Afrique au sud du Sahara qui est de 35%, ceci exclusion faite de l’Afrique du Sud ou de l’Ile Maurice qui se situent à plus de 75% », constate-t-il. Il reste toutefois sceptique sur une éventuelle action correctrice de la banque centrale régionale : « Elle va sans doute continuer à baisser le taux de placement auprès de la Beac et le taux de réserves obligatoires des banques, mais je ne suis pas persuadé que cela produira, dans des brefs délais, l’effet souhaité sur le niveau d’intermédiation », conclut-il.

Cette situation se justifie également, d’après un analyste, par le fait que les banques font l’essentiel de leurs résultats sur des activités autres que l’octroi des crédits. Par conséquent, elles ne voient aucun intérêt à accroitre l’intermédiation bancaire. Tout en ne réfutant pas cet état de choses, Robert Tangakou estime pour sa part que c’est une tendance mondiale à laquelle il faut s’y faire. « Historiquement, la structure du produit net bancaire (sorte de chiffre d’affaires d’une banque, ndlr) était composée de 60% d’intermédiation et de 40% de services offerts par une banque. Aujourd’hui, on constate l’inverse, ce qui n’est pas une spécificité camerounaise. Parce que l’intermédiation est plus risquée que les services ; et ces derniers sont des mannes que la banque peut développer facilement », souligne-t-il.

Les raisons sus-évoquées par l’institution de Bretton Woods, bien que réelles, ne suffisent pas, d’après nos experts, à expliquer la faible dynamique des crédits au Cameroun malgré l’impulsion de la Beac. Eric Nanfa en cite d’autres : une faible bancarisation qui est de 4% au Cameroun, signe d’une économie très informelle et de la faible capacité des banques à capter des clients nouveaux ; la frilosité des banques commerciales à accorder des prêts aux Pme, secteur jugé très risqué ; une forte asymétrie de l’information financière qui freine le niveau d’intervention approprié des banques ; la piètre qualité des projets proposés aux banques ; une concentration des prêts aux mêmes acteurs notamment les grandes entreprises et/ou les multinationales…

Banquier central impuissant

D’autant qu’« à la fin 2010, les prêts accordés par les banques commerciales représentaient 65% de l’ensemble de leurs dépôts. Ce chiffre peut paraître encourageant, mais pour l’essentiel, il s’agit des prêts à moins d’un an soit 61% du total des crédits et au moins 85% desdits crédits sont accordés aux grandes entreprises », nuance l’ancien banquier.

Interpellé sur le sujet à la fin de la dernière session du Cpm, le 06 juillet 2011, à Douala, Lucas Abaga Nchama s’est dit préoccupé par le diagnostic du Fmi. « Notre souhait est de voir les crédits à la production augmenter dans notre zone. Chaque fois que je rencontre les dirigeants des banques, je les incite à aller dans cette direction », avoue, impuissant, le banquier central de la Cemac. En fait, « la Beac ne peut pas forcer les banques à prêter, indique Robert Tangakou. Par contre, l’Etat peut jouer un rôle comme il l’a fait d’ailleurs avec la création de banques spécialisées pour financer des catégories particulières de clients. Il peut aussi inciter les banques commerciales dans lesquelles il est actionnaire à utiliser une partie de ses bénéfices au financement des activités qu’il juge nécessaires. »

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Un article d'Omer Mbadi Otabela (LaNouvelleExpression)



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La Nouvelle Expression
La nouvelle expression est un journal camerounais d'investigations et d'analyses.
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