L'Angola devient la locomotive de Total
- Écrit par Les Echos, Par Emmanuel Grasland
Le pétrolier va prendre des participations dans trois blocs d’exploration en eaux profondes. Il mise beaucoup sur la présence de pétrole sous des couches de sel. L’Angola va devenir le plus gros contributeur de la croissance du groupe.
Le pétrolier va prendre des participations dans trois blocs d'exploration en eaux profondes. Il mise beaucoup sur la présence de pétrole sous des couches de sel. L'Angola va devenir le plus gros contributeur de la croissance du groupe.

La nuit, la flamme se voit à des kilomètres. Dans un grondement sourd, elle illumine cet enchevêtrement de tuyaux, de vannes et de cylindres qu'est le Pazflor, la plus grosse unité de production de pétrole flottante en exploitation au monde. Inaugurée cette semaine par Total, elle marque la déclinaison dans le pétrole d'un concept cher à l'automobile : la mutualisation. A partir d'un seul navire, le pétrolier va exploiter quatre gisements sous-marins trop petits pour être viables seuls. Pour cela, il a fallu concevoir un vaste réseau sous-marin grand comme 6 fois Paris. Le groupe a aussi augmenté la part du travail réalisé au fond de la mer, en installant à 800 mètres de profondeur des équipements de la taille de l'Arc de triomphe afin de séparer l'huile du gaz.
Avec Pazflor, l'Angola renforce son statut de filiale phare en matière d'innovation et d'exploitation off-shore. Le pays va être le plus gros contributeur de la croissance du groupe durant les cinq ans à venir. La production de tous les gisements exploités par Total devrait passer d'environ 500.000 barils équivalent pétrole par jour l'an dernier à 800.000 en 2014, grâce à Pazflor et à la mise en service d'un autre gisement baptisé « Clov ». Selon Credit Suisse, Total espère même atteindre le million de barils en 2020 en fonction des résultats obtenus dans l'exploration présalifère. Aujourd'hui, le groupe affiche une production pétrolière mondiale de 1,3 million de barils par jour.
« Le miroir du Brésil »
D'ici à quelques semaines, Total va en effet enclencher une étape majeure de sa stratégie. Le pétrolier français devrait finaliser l'acquisition de trois blocs dans le bassin de la Kwanza, l'une des zones offshore les plus prometteuses du continent, dont deux en tant qu'opérateur. D'un point de vue géologique, le bassin de la Kwanza offre de fortes similarités avec ceux de Campos et de Santos, où se trouvent les vastes gisements présalifères du Brésil. Voilà plus d'une centaine de millions d'années, ces zones se trouvaient côte-à-côte avant la dérive des continents. Des gisements d'une taille comparable (de plusieurs centaines de millions à plusieurs milliards de barils) pourraient donc se trouver enfouis au large de l'Angola.
Total, qui n'avait pas cru au pari de Petrobras voilà dix ans, ne veut pas laisser passer sa chance une seconde fois. Le français devrait lancer des études sismiques au deuxième semestre 2012 et mener des forages l'année suivante pour aller voir sous des couches de sel à 3.000 mètres de profondeur. « A priori, la zone bénéficie d'un gros potentiel », estime Christophe de Margerie, son PDG. « Assez logiquement, l'Angola devrait être le miroir du Brésil, ajoute Olivier Cleret de Langavant, directeur stratégie, croissance et recherche. La plupart des opérateurs pensent qu'il pourrait y avoir là quelque chose d'analogue. » BP, Statoil et Petrobras sont aussi présents dans la zone.
Le pétrolier envisage aussi de forer plus profond sur ses blocs du bassin du bas Congo. Enthousiastes, ses responsables estiment le potentiel de découvertes dans le pays à 20 milliards de barils équivalent pétrole, en plus des 26 milliards découverts jusqu'à présent. Qui plus est, l'Angola offre des avantages sur le plan financier. Si la compagnie nationale Sonangol exige de plus en plus de contenu local dans les projets, la législation pétrolière reste stable et l'exploitation se fait au travers de contrats de partage de production jugés intéressants.
Après la mise en production, le pétrolier se fait par exemple rembourser des frais de développement engagés en les multipliant par 1,5. Ce ratio, négocié début 2000, à une époque où les taux d'intérêt étaient plus élevés, a néanmoins été revu à la baisse pour les blocs de Kwanza. Autre spécificité des contrats angolais, le volume de production octroyé à la compagnie nationale est indexé sur la rentabilité du gisement. Plus elle est élevée, plus l'Etat touche de l'argent. Avec le temps, la part des compagnies se réduit de plus en plus. Total et ses partenaires peuvent toucher jusqu'à 80 % des profits avant impôt en début de production, mais seulement 10 % en fin de parcours.
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Un article d'Emmanuel Grasland (LesEchos.fr)
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