Thierry Tanoh: «L’Afrique ne se développera pas grâce à l’aide»
- Écrit par Anaïs DUBOIS, Mtm-news
Entretien de Mtm-news avec Thierry Tanoh, vice-président Afrique subsaharienne, Amérique latine, et Europe de l'Ouest de la Société financière internationale (SFI).
Cette filiale du groupe Banque mondiale qui finance le secteur privé dans les pays en développement a réalisé pas moins de $ 2,4 milliards d'investissements en Afrique subsaharienne cette année, un montant record.
L'institution reste toutefois très critiquée sur la destination de ces investissements, notamment ceux dirigés vers le secteur agricole.
Marchés tropicaux et méditerranéens : New-York a accueilli fin septembre la réunion sur les Objectifs du millénaire pour le développement, quel constat pouvez-vous faire pour l'Afrique ?
Thierry Tanoh : D'une façon générale, on sait que l'Afrique est en deçà de ce à quoi on s'attendait en terme de développement et il y a encore beaucoup à faire tant sur le plan social qu'au niveau des infrastructures. Certes, il y a eu une amélioration ces dernières années, même si la crise a pas mal freiné l'élan que connaissait l'Afrique. Cependant, si on compare cet élan au développement observé dans d'autres zones géographiques, en particulier en Asie, le continent africain a accumulé un certain retard.
D'autant que les bailleurs de fonds sont plus frileux en ces temps de crise ?
En termes de pourcentage du PIB attribué à l'aide ils ne sont pas moins généreux, mais mécaniquement, les montants sont plus faibles en période de récession. Quelque part, et je l'ai dit à certains dirigeants africains, je pense que c'est aussi un moyen de réaliser à quel point ils sont dépendants de l'aide extérieure. Cela permet de prendre conscience que le développement du continent devra se faire en grande partie grâce au développement des échanges intérieurs et au développement du continent lui-même. L'Afrique ne se développera pas grâce à l'aide.
On assiste à une nouvelle période de tension sur les marchés agricoles. Or la SFI a été critiquée pour avoir encouragé des investissements dans le secteur agricole africain qui ne contribuaient pas à améliorer la sécurité alimentaire du continent. Quelle réponse faites-vous à ces critiques ?
Je pense qu'au niveau du secteur agricole, le secteur privé pourrait être beaucoup plus impliqué. Les problèmes que rencontre l'agriculture en Afrique sont fortement liés aux infrastructures qui permettent à un pays d'extraire et de travailler ses matières premières, de leur donner une valeur ajoutée, et de pouvoir les vendre sur des marchés locaux, régionaux et ensuite à l'exportation. Un secteur agricole qui se contente d'exporter des matières premières ne développera l'Afrique à long terme. Tant que les infrastructures pour transporter le bétail n'existeront pas, les éleveurs arriveront sur les marchés locaux avec une viande qui a perdu 25 % de sa valeur suite au trajet, ils ne tireront pas les fruits de leur labeur.
On en revient donc toujours au problème clé de l'Afrique : celui des infrastructures. Comment avoir des infrastructures qui permettent de stocker des marchandises, de maintenir la chaine du froid, d'avoir une qualité constante des produits et de transformer les matières premières sur place ? C'est une réflexion dans laquelle nous amenons de plus en plus le secteur privé à s'engager.
On essaie de développer une stratégie qui va nous permettre d'accroître les investissements dans les infrastructures de stockage et de transport au niveau régional. Nous ne le faisons pas seul. On travaille également avec la Banque mondiale, avec la Banque africaine de développement, qui est un partenaire incontournable en Afrique subsaharienne, de façon à voir comment on peut développer des corridors qui vont faciliter les échanges commerciaux en Afrique subsaharienne.
Certes il y a besoin d'infrastructures, mais les investissements étrangers dans l'agriculture ciblent des filières d'exportation qui ne sont pas destinées aux populations locales.
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