La mangue malienne prend de la valeur sur les grandes surfaces en Europe et sur les marchés du continent en ce moment. Cet intérêt commercial croissant apporte d'importantes devises à notre économie. Mais quel dommage ! Au même moment les propriétaires des vergers et/ou les collectivités ont opté pour des immobilisations à outrance.

Ils ont transformé des milliers d'hectares de plantations de mangues et d'autres fruits et légumes en des concessions à usage d'habitation. Le constat est très amer sur le double plan environnemental et économique. Dans la plupart des cas, les changements de vocation des terres, obéissant normalement à des règles fixées par la loi et les morcellements qui en découlent, ne se font pas selon l'orthodoxie foncière. L'objectif ultime étant de se faire de l'argent frais au motif de loger les citoyens en manque de toit. La poussée démographique, constatée depuis près de deux décennies dans la capitale et dans certaines grandes agglomérations urbaines du pays, a eu raison de la quasi-totalité des grandes plantations de fruits et légumes, qui ceinturaient la capitale et des villes de l'intérieur. Elles ont tour à tour cédé la place à de nouveaux quartiers.

Ce boom dans le secteur de l'immobilier permet de réaliser des investissements massifs dans les collectivités. Mais cette analyse n est que la partie visible de l iceberg. Cette urbanisation incontrôlée priverait des milliers de petits exploitants, pisteurs, vendeurs et exportateurs de revenus d un important manque à gagner pour notre économie. C est le cas des communes du Mandé et de Kati dans les environs de Bamako, et des communes rurales qui ceinturent les communes urbaines de Bougouni, de Sikasso et Yanfolila. Si rien n est fait pour freiner le rythme d urbanisation galopante sur les terres réservées au développement agricole, notre leadership dans la production de la mangue dans la sous-région va en accuser le coup. Nonobstant ce tableau sombre, notre pays tire encore son épingle du jeu dans le commerce de la mangue sur le marché international.

Les statistiques publiées la semaine dernière par l Unité de mise en Suvre du cadre intégré (UMOCI) ont révélé que la filière mangue a injecté dans notre économie plus de 7,331 milliards de Fcfa pour un volume d exportation nette de 19 630 tonnes. La région de Sikasso se taille la part du loin avec 17 193 tonnes. Elle est suivie de la région de Koulikoro/Bamako avec 2 437 tonnes. En dépit de la forte tendance actuelle des exploitants agricoles à changer la vocation de leurs terres de culture, la production de la mangue au Mali va crescendo.

Elle fait aujourd hui la fierté de beaucoup de partenaires au développement, intervenant dans la filière mangue. Il s agit en particulier de certains organismes spécialisés des Nations Unies, comme le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) et la Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), la Banque mondiale et même la CEDEAO (Communauté économique pour le développement de l Afrique de l ouest). Le volume des exportations est en nette croissance durant ces dix dernières années. Il est passé de 8 517 tonnes en 2007, 12.576 tonnes en 2008, 6.857 tonnes en 2009 et 10.410 tonnes en 2010. Cette évolution témoigne de la performance et de la compétitivité de nos filières d exportation. Elle permet à notre pays de tirer meilleur parti de l insertion de son économie au sein du Système commercial mondial.

L effet d entraînement est positif sur la pauvreté par l augmentation du revenu des producteurs, tel qu indiqué dans les plans d action du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) 2007-2011. Le directeur national du commerce et de la concurrence, Ousmane Assoumane Touré a fait ce commentaire à la faveur de l ouverture de l atelier de validation de la statistique des exportations de mangues pour la campagne 2010/2011.

La campagne qui s achève a été marquée par plusieurs facteurs qui ont perturbé son déroulement normal. Au nombre de ces contraintes Touré retient la crise socio- politique qui a secoué la Côte d Ivoire.

Elle a provoqué des problèmes de logistique liés au transport maritime. En conséquence, le démarrage de la campagne d exportation vers l Europe par voie maritime a été fortement perturbé par la fermeture du port d Abidjan jusqu en fin mai 2011. Malgré les contraintes, des efforts ont été consentis par le gouvernement, la CEDEAO et les acteurs directs de la filière à travers la dynamique des exportations de mangues dans la sous-région et en Europe. L implication de la CEDEAO est assortie d un document d orientation stratégique pour le développement de la filière mangue. Ce plan a été récemment adopté. La mise en Suvre de cette stratégie prendra en charge beaucoup de défis auxquels la filière fait face dans la sous-région. Le document a été présenté au premier Forum des exportateurs, tenu du 5 au 7 décembre 2011 à Cotonou au Bénin.

Le but était de recueillir les préoccupations et formuler des recommandations sur les axes prioritaires et stratégiques d appui aux opérateurs régionaux. Il se dégage des constats faits par la CEDEAO, que la disponibilité et la fiabilité des données statistiques constituent une contrainte majeure dans les pays en développement à cause du manque de dispositif approprié. La CEDEAO pour y faire face a élaboré un dispositif de suivi et d amélioration des statistiques d exportation. Il a été mis en place lors d une réunion de concertation, tenue à Bamako, entre le 14 et le 16 avril 2008.

Il permet, au niveau national, de mettre à disposition les informations utiles en vue d assurer le suivi de la Stratégie de développement des exportations. A terme, il devient un instrument efficace de mise en Suvre de la Politique sectorielle du commerce, à travers des données comme le volume des exportations de toutes les filières porteuses, notamment la mangue.

Il faut rappeler que le Cadre intégré depuis mai 2005 contribue à l amélioration de la qualité da la mangue et à l accroissement des exportations à travers le renforcement des capacités des acteurs et des structures d encadrement. Pendant la campagne 2011, le Cadre a contribué à augmenter les exportations de mangues par l entretien de 6000 ha de vergers de manguiers. Il a renforcé les capacités des acteurs de la filière. Il a aussi apporté son assistance à la promotion commerciale de nos exportations en finançant la participation de certaines structures faîtières aux foires et salons. Les exportateurs de mangues maliens étaient présents, notamment à la Foire Fruit Logistica de Berlin, au Salon de l agriculture de Paris.

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