La nouvelle politique minière entend substituer à la monoculture de l'or, l'exploitation d'un large éventail de minerais et conforter ainsi la position du Mali sur l'échiquier minier africain. Les pouvoirs publics ont marqué leur volonté de faire du secteur privé le moteur de l'essor des activités minières.

Ils ont ainsi favorisé l'investissement privé dans un cadre réglementaire et institutionnel incitatif, et dans le cadre plus large de la politique minière nationale contenue dans une déclaration adoptée en novembre 2008.

Cette démarche doit déboucher sur une amélioration substantielle la part des produits miniers dans le Produit intérieur brut (PIB) national. La politique minière met l accent sur l amélioration de la balance commerciale, l accroissement des recettes fiscales, le développement des activités connexes, notamment le transport, les services, les fournitures, l émergence d une industrie locale de transformation.

L État malien se devait de mobiliser les ressources financières nécessaires à la mise en valeur du sous-sol pour atteindre cet objectif. Le gouvernement a, dans cette optique, initié des mesures incitatives en faveur du secteur minier. Entre 1996 et 2010, des milliards de Fcfa ont été investis dans le sous-sol malien. L ouverture de sept grandes mines d envergure internationale témoigne de cet immense effort financier. Les fonds ont consolidé les mines d or de Sadiola, Yatela, Morila, Tabakoto, Gounkoto, Syama, Loulo. S ajoutent aux grandes multinationales, des initiatives locales  parmi lesquelles le projet le plus avancé est celui de la société Wassoul or de Aliou Boubacar Diallo à Kodiéran. Elle est installée dans la commune rurale de Kalana, cercle de Yanfolila en troisième région.

MONOCULTURE DE L OR

Ces différentes industries minières s intéressent exclusivement à l extraction de l or. L exploitation de l or est ainsi devenue la principale source de revenus pour l économie nationale. Il y a trois ans, les ressources tirées de l exploitation de l or ont constitué 70 % des recettes d exportation. Le métal jaune, à lui seul, représentait 15 % du produit intérieur brut (PIB). Au plan macro-économique, la manne financière générée par l exploitation du métal précieux pèse lourd dans la balance commerciale de notre pays. Cette prédominance, pour ne pas parler de monopole, de l or dans le secteur minier n est pas sans conséquence négative pour l économie nationale. La nuisance se manifeste par la baisse substantielle de la production. Sur les réserves d or estimées à 800 tonnes, environ 470 tonnes ont déjà été extraites.

En 2012, la production piquera du nez et ne sera « que » de 21 tonnes. Les prévisions pour 2018 sont estimées à seulement 8 tonnes, si entre-temps aucune nouvelle unité n entre en production. Cette baisse découle de l épuisement des réserves et de la fermeture de certaines mines. Un autre facteur néfaste à l industrie minière réside dans les hauts et les bas du cours de l or sur les places boursières. Quand le cours de l or tousse, c est toute l économie nationale qui s enrhume , résume ce spécialiste de l économie minière. En ce moment, ce cours est au plus haut mais sitôt que la crise de la dette refluera, l or perdra beaucoup de son charme de valeur-refuge.

Ces données attestent du rôle important de l or dans l économie malienne et soulignent, en creux, le grand besoin de trouver une alternative à cette monoculture. Malgré une tendance favorable sur le marché international, la monoculture de l or démontre effectivement toute la fragilité de l industrie minière du Mali. Il ne fait aucun doute que pour un secteur émergent comme les mines, une dépendance trop importante vis-à-vis de l exploitation exclusive de l or, peut entraîner la marginalisation d autres substances minérales, dont dispose le pays et hypothèque l expansion du secteur minier qui recèle d autres potentialités , analyse le ministre des Mines, Amadou Cissé. Le sous-sol du Mali recèle d énormes potentialités de gisements et d indices miniers. Le département des mines entreprend de les promouvoir auprès des investisseurs.

Cette politique de diversification des ressources minières annonce-t-elle la fin de la monoculture ? Le ministre des Mines en est convaincu. Amadou Cissé fonde sa conviction sur un certain nombre de projets comme les gisements de fer de Tienfala (cercle de Kati) où la société indienne Sandeep Garg and Company (SGNC) envisage d exploiter plus de 2 milliards de tonnes dans les entrailles de la chaîne montagneuse qui prolonge le mont Manding.

INDICES CONNUS

Le projet d exploitation du calcaire sur la colline d Astro débouche sur la création d une cimenterie à Gangonteri dans la commune rurale de Diamou (cercle de Bafoulabé). À Hombori, une nouvelle cimenterie est en gestation. Les carrières industrielles de dolérites à Sonityégni et à Mountougoula produisent des matériaux concassés et des granulats. La bauxite fera le bonheur des populations dans la zone de Sitadina (Kayes).

Le manganèse de Tassiga près d Ansongo sera exploité prochainement par l entreprise minière Mali Manganèse. Le phosphate existe en quantité industrielle dans les secteurs de Bourem, de Tin Hina et de Tamaguilelt dans la zone de Tilemsi en septième région. Les gisements d uranium sont prometteurs dans la commune rurale de Faléa (cercle de Kéniéba) dans la région de Kayes et de l Adrar des Iforas. Les indices de lithium de Bougouni sont probants. Ce minerai est qualifié d or du futur dont la tonne est vendue à 1,5 million de Fcfa. L intensification de la recherche pétrolière est confirmée dans le bassin de Taoudénit. Tous ces indices militent en faveur d une nouvelle ère minière dans notre pays. La mise en valeur de ces ressources confortera la position du Mali sur l échiquier minier africain et assurera le développement d autres filières porteuses, est persuadé le ministre qui envisage la diversification du secteur minier comme une nouvelle approche sure pour soutenir de façon durable l économie nationale.

La tendance sur le marché international est à la hausse sur le prix de l or. Les apports attendus du secteur aurifère sur l économie nationale pourraient donc être très appréciables durant les prochaines années grâce aux travaux d exploration à intensifier dans les zones présentant un potentiel minier. La même tendance vaut pour d autres minéraux. À titre indicatif, le marché mondial donne une évolution des prix pour le nickel excédant les 30.000 dollars (environ 15 millions de Fcfa) la tonne, des prix du zinc estimés à presque 4.000 dollars (2 millions de Fcfa) la tonne. De même, des niveaux records ont été atteints pour l uranium et le fer qui ont connu une augmentation de près de 71 %. Quid de l or noir ?

Le ministre Amadou Cissé lie la recherche pétrolière et celle des Terres rares, ces métaux peu répandus et indispensables dans des secteurs de pointe comme l aéronautique, la téléphonie ou l informatique. « Les terres rares sont au XXIe siècle ce que le pétrole était un siècle plus tôt dans l industrie. Investir dans la recherche du pétrole, c est miser sur un secteur très convoité et prometteur dans les domaines de l aéronautique, l informatique, les technologies de pointe et les industries , analyse-t-il. Tendances et indices poussent à l optimisme et incitent à entreprendre un véritable programme de recherche et d exploration de toutes ces substances que recèle notre pays.

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LA PERCÉE DES NATIONAUX 

Le secteur minier n est plus l apanage des seules multinationales. Ces dernières années, de nombreuses initiatives locales en solo ou en joint-venture, sont enregistrées comme la société Wassoul or de Aliou Boubacar Diallo ou Earthstone, société indienne en joint-venture avec Kadiel Mining  de notre compatriote Amadou Djigué. Wassoul or est en train de réaliser la première mine industrielle, à capital local, dans la petite localité de Kodiéran, à quelques encablures de la ville de Kalana. Cette localité est située à environ 300 km au sud de Bamako, dans le cercle de Yanfolila, en troisième région. La capacité de production de la future mine est de 11.000 tonnes de minerai par jour. Les réserves prouvées s élèvent à 82 tonnes d or.

Cette prévision représente seulement 2 % de la superficie du permis d exploitation de la société. La durée du gisement de Kodiéran est de huit ans, avec possibilité d extension aux gisements satellitaires. De nos jours, les investissements dans le développement de la nouvelle mine atteignent plus de 52 milliards de Fcfa. Les investissements dans le développement local s élèvent à plus de 100 millions de Fcfa. En termes de création d emplois, environ 250 employés ont été recrutés. L ouverture officielle de l usine aura lieu dans quelques semaines. Le PDG de Wassoul or, Aliou Boubacar Diallo, estime que la part de l or au paiement des dividendes et autres taxes s élève à plusieurs milliards de Fcfa. Wassoul or souhaite contribuer à cet appui financier au bénéfice du peuple malien, confie-t-il. Il ajoute que la mine de Kodiéran sera celle de tous les Maliens.

À ce titre, il en appelle au soutien des autorités et de l ensemble du peuple malien pour faire de ce rêve une réalité. Ce sera la première mine contrôlée par les intérêts privés maliens , annonce-t-il fièrement. Encore au stade de l exploration, la joint-venture Earthstone-Kadiel Mining se propose de mettre à jour plus d un milliard de tonnes de minerai de fer du gisement de Talari, une bourgade située à 15 km au sud-ouest de Bafoulabé, en première région. La concession couvre une superficie de 260 km2. Depuis le début des travaux d exploration en avril dernier, ce sont neuf corps de minerai de fer à 45 % qui ont été identifiés jusqu ici. Ils totalisent plus de 350 millions de tonnes de minerai massif et plus de 62 millions de tonnes de minerai résiduel. Les travaux de carottage portent sur environ 1200 m de profondeur. Dans le même temps, les investissements ont atteint 2,5 milliards de Fcfa. Les activités de forage devront se poursuivre pour atteindre une profondeur d environ 8000 à 10.000 m.

La mise en oeuvre du projet permettra la création d environ 3000 emplois pendant plus d une vingtaine d années. L enthousiasme de Amadou Djigué est à la dimension du projet. « Il y a longtemps ce secteur était la chasse gardée des multinationales, mais aujourd hui nous voulons changer la donne. Ce projet nous tient à cSur. Nous comptons le mener à bon port », promet le PDG de Kadiel Mining.

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