
Ceux qui ont entendu les propos tenus sur RFI par le ministre malien des Affaires étrangères, mardi 14 février 2012, auront eu l’occasion de se faire quelque conviction quant à la tenue de la prochaine présidentielle malienne.
Pour sibyllines qu’elles soient, et en dépit des circonlocutions maniées avec maestria, Souleymou Boubeye Maïga aura laissé percevoir ce que beaucoup tenaient pour une certitude depuis un certain temps : à l’allure où vont les choses, le scrutin présidentiel malien court de sérieux risques de ne pas se tenir à la date prévue.
A ce jour rien d’officiel n’aura filtré, qui permette de l’affirmer avec certitude ; mais nul ne crierait au scandale si d’aventure, un jour prochain, ATT prenait une mesure allant dans ce sens.
Une kyrielle de raisons militeraient pour un report : organiser et réussir une élection dans le laps de temps exigu de moins de 70 jours, plus qu’une gageure, relève d’une mission impossible ; la rébellion touarègue qui a éclaté à l’aube de l’année nouvelle, menée par des hommes qui disent détenir les 2/3 du territoire malien, interdit pratiquement toute forme de scrutin dans la partie septentrionale malienne, sécurité oblige ; sans compter qu’ils sont des milliers de Maliens qui ont traversé les frontières voisines et se retrouvent désormais exilés dans les pays environnants ; pour combien de temps ?
Nul ne le sait encore. Tout comme personne ne se risquerait à dire combien de temps encore durera l’insurrection des hommes bleus du désert. On n’organise pas de scrutin dans ces conditions.
Reste à savoir comment ATT tirera son épingle de ce jeu devenu décidément trop pesant. Le président malien, qui n’a jamais fait mystère de son désir de passer le témoin le moment venu, se trouve dans la position inconfortable de celui qui joue les prolongations à son corps défendant. S’efforcera-t-il malgré tout de tenir la barre du navire battant pavillon malien ou trouvera-t-on le petit trou de souris constitutionnel qui lui permette de filer en douce, histoire d’aller planter ses choux ?
L’homme, à maintes reprises, en a exprimé l’irrépressible envie. Mais qu’il s’en aille ou qu’il choisisse de rester, le président malien, in petto, a de quoi maudire cette rébellion qui tombe, impromptue, sur la fin d’un mandat dont il espérait qu’elle serait tout, sauf autant agitée. Il n’empêche, ATT, pour son goût de la démocratie ainsi que son sens élevé de l’alternance, mérite hautement qu’on lui tire son chapeau.
Tout compte fait, il n’a pas choisi que cette guigne lui tombe dessus ; il n’y pouvait rien en réalité, d'autres ayant décidé de lui empoisonner la fin de son parcours. Mais l’Histoire saura sans doute reconnaître les siens.
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Par Jean Claude Kongo (LObservateur)




