Les menaces modernes qui pèsent sur l'Afrique contemporaine

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Les mutations mondiales actuelles ont engendré des contradictions intrinsèques. La contradiction à la fois la plus flagrante et la plus inquiétante vient du fait que les Africains ont jusque-là? été requis soit en tant qu’esclaves d’abord (première phase), soit en tant que travailleurs forcés pour les forces coloniales (deuxième phase).

Du pillage de la main-d’œuvre au pillage des ressources…

De nos jours toutefois, en raison des progrès technologiques, du manque de compétences et de la surproduction ou croissance des substituts aux exportations traditionnelles, la vigueur du travail africain n'est plus nécessaire, que ce soit pour extraire les ressources de l'Afrique ou pour produire des produits agricoles et industriels.

Faire travailler les Africains n’étant plus indispensable; ils sont relégués à une place accessoire dans l’ordre mondial du travail. Le dicton populaire disant que « nous produisons ce que nous ne consommons pas et consommons ce que nous ne produisons pas. » n'est plus défendable. Nous produisons peut-être ce que nous ne consommons pas, mais nous consommons très peu de ce que nous ne produisons pas.

Pendant ce temps, les ressources de l'Afrique sont l’objet d’une demande mondiale et sont exploitées de façon inversement proportionnelle à la marginalisation et à l'exclusion régulière de sa population. Le pillage effréné des ressources de l'Afrique par des agents extérieurs devient rapidement évocateur du pillage de sa population durant la traite négrière d’antan.

Sur le plan de la production, les marchés d'exportation agricole traditionnelle se vautrent alors que le continent souffre de pénurie alimentaire structurelle car il produit des denrées non-alimentaires. Sur le plan industriel, le bilan est grevé par des coûts de production élevés, une faible demande domestique en raison de faibles revenus, et des marchés d'exportation stricts liés aux conditions de l'offre et de la qualité.

La production des matières premières, notamment les exploitations minière et forestière, est en hausse dans des conditions précaires, propulsant des conflits violents et ne générant que de faibles rendements pour les pays concernés. Les méthodes de production à forte intensité de capitaux et la demande de main-d'œuvre hautement qualifiée créent peu d'emplois pour les manufacturiers et la main-d'œuvre qualifiée non spécialisée.

Un constat amer qui a le mérite de libérer la pensée

Cette situation engendre des conséquences à la fois positives et négatives pour l'Afrique.

Du côté négatif, cela aggrave la crise du chômage à deux niveaux au moins :

  • Au niveau du chômage structurel : en valeur absolue par le nombre croissant de jeunes chômeurs
  • Au niveau du  chômage partiel/relatif : les paysans continuent à produire des cultures agricoles à des prix bien inférieurs à leurs coûts de production.

Quoi qu'il en soit, cette situation est en grande partie responsable de la persistance de la pauvreté qui est devenue la marque du continent.

Du côté positif, cependant, ce processus fait voler en éclats l'illusion de longues dates matérialisées par des traités tels que l'Accord de Cotonou ACP-UE (anciennement Lomé) et maintenant les accords de partenariat économique (APE), et consistant à croire que le modèle colonial de production et de commerce peut apporter une transformation à long terme en Afrique. En brisant cette illusion, l'esprit est libéré et s'ouvre à de nouvelles idées dans la contemplation des défis et des opportunités sur le continent. Le fait que travail des Africains devienne superflu dans le nouveau clivage mondial, permet de le libérer et de le rendre potentiellement disponible, pour la première fois depuis la traite négrière. Il peut désormais être réaffecté, réorganisé et mobilisé pour stimuler, produire et fournir les marchés intérieurs. L'Afrique est obligée de se repositionner et de créer de nouveaux rôles pour elle-même.

En relevant ce défi, l'Afrique sera en mesure, pour une fois, de s’interroger et de répondre aux trois questions économiques de base: Que produire; pour qui le produire et comment le produire ?

Vers la saisie de nouvelles opportunités?

La marginalisation de l'Afrique crée aussi de nouvelles opportunités pour les pays africains. Puisque les liens avec l'Occident se relâchent, l'Afrique a au moins deux opportunités :

  • La première consiste à se lancer sérieusement dans l'intégration régionale et la réalisation de l'unité du continent car  il s’agit une condition nécessaire pour la transformation et la reconstruction. C'est une condition préalable pour bénéficier de la deuxième opportunité.
  • La seconde est l'opportunité de nouer de nouvelles relations en particulier avec les économies en croissance rapide comme la Chine et l'Inde. Une relation symbiotique peut se développer avec ces pays et créer un nouvel espace économique différent. Ces pays sont très demandeurs des matières premières que l'Afrique a encore. En parallèle, l'Afrique souffre d'un déficit important en matière de technologie. Plutôt que d'exporter leurs produits agricoles en contrepartie d'une rémunération en dollars, l’Afrique pourrait négocier des accords de ressource technologique avec ces pays.

C'est la combinaison de ces deux opportunités à savoir l'intégration africaine et le repositionnement de l'Afrique qui constitue le levier des perspectives de transformation fondamentale et durable du continent.

A suivre.

L Traoré
Analyste sur Next-Afrique
L. Traoré travaille dans le domaine de la finance de marché. Elle a été consultante et manager au sein de plusieurs banques d'investissements de la place de Paris. Ses centres d'intérêts sont l'économie, la finance de marché et les nouvelles technologies.


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