Paludisme en Afrique : Et si la coopération avec l'Inde était la solution?
- Écrit par Severine Dupont
Le paludisme est à la fois évitable et curable. Si l’Inde est confrontée à un problème de paludisme massif, le plus lourd fardeau de la maladie est porté par l’Afrique, qui représente la grande majorité des 800000 décès dus au paludisme chaque année. L’assistance de l’Inde dans ce domaine sera d’une importance humanitaire et stratégique importante dans les relations actuelles et futures.
La coopération Inde-Afrique dans la lutte contre le paludisme en Afrique pourrait être un moyen à très faible coût d’améliorer la vie de certaines des personnes les plus pauvres - Photo © DRL'Inde a une relation historique et culturelle avec l'Afrique, et l'Afrique abrite près de 3 millions de personnes d'origine indienne, principalement en Afrique orientale et australe. En plus de liens économiques, l'Inde pourrait capitaliser sur cette présence en adressant des questions telles que les soins de santé et l'éducation, ce qui pourrait contribuer à transformer la vie de centaines de millions de personnes en Afrique.
Lors du premier sommet Afrique-Inde à New Delhi en 2008, il avait été convenu qu'il y aurait une coopération accrue dans le domaine de la lutte contre le paludisme. Le ministre Anand Sharma, avait alors souligné l'importance de coopérer et de partager des expériences dans plusieurs domaines clés, dont celui des soins de santé. Plus précisément, M. Sharma avait noté que le paludisme constituait un "défi transnational ... qui n'est pas confiné à une région." En effet, le paludisme demeure un problème majeur de santé publique en Afrique, imposant d'énormes coûts économiques et beaucoup de misère humaine.
Certains bailleurs de fonds, notamment le « Malaria Initiative » du président américain, ont soutenu des projets très efficaces de lutte contre le paludisme. Les pays africains peuvent s'appuyer sur ces succès en travaillant avec l'Inde, d'autant plus que les pays donateurs traditionnels sont contraints de se serrer la ceinture et de réduire les budgets d'aide étrangère.
Le paludisme est à la fois évitable et curable. Si l'Inde est confrontée à un problème de paludisme massif, le plus lourd fardeau de la maladie est porté par l'Afrique, qui représente la grande majorité des 800000 décès dus au paludisme chaque année. L’assistance de l'Inde dans ce domaine sera d'une importance humanitaire et stratégique importante dans les relations actuelles et futures.
Importer ou produire du DDT sujet à controverses
Les programmes officiels de lutte antipaludique ont commencé sous la colonisation britannique et se sont poursuivis après l'indépendance indienne en 1946. Une des périodes les plus remarquables dans la lutte mondiale contre le paludisme a commencé avec l'introduction du DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) à cette époque. Cet insecticide extraordinaire a éradiqué le paludisme du sud de l'Europe et des États-Unis et s'est avéré être l'arme la plus efficace contre la maladie à l'époque.
A ce jour, le DDT reste partie intégrante de la lutte contre le paludisme en Afrique et en Inde. En Afrique australe, le DDT est considéré comme un élément crucial des plans régionaux d'élimination du paludisme. Mais les pays africains n'ont pas tâche facile à utiliser cet insecticide pour sauver des vies. La pression des groupes environnementaux a limité son utilisation et les exportateurs craignent que même les plus infimes résidus de DDT sur leurs produits conduisent à un rejet des exportations vers l'UE. Le DDT n’est maintenant produit que par une entreprise du secteur public indien, qui en est également exportateur vers l'Afrique. Plus d'une douzaine de pays en Afrique, notamment l'Angola, le Botswana, le Congo, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Gambie, le Mozambique, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Swaziland et l'Ouganda, ont informé l'organisation mondiale de la Santé (OMS), au sujet de leur décision de disposer de DDT dans le cadre de leur arsenal contre le paludisme.
Afin d'assurer un approvisionnement suffisant en DDT, la Southern African Development Community (SADC) a récemment annoncé des plans de production régionale de l'insecticide. Comme les épidémies de paludisme peuvent survenir rapidement, il est crucial d'avoir un approvisionnement suffisant d'insecticides à un prix avantageux. Tout retard d’importation de l'Inde pourrait coûter des vies. De plus les règlementations commerciales rendent l'utilisation du DDT plus onéreuse. Détenir le produit à portée de main serait nettement bénéfique. Le ministère indien des produits chimiques est donc en mesure d'aider à la production et la formulation du DDT en Afrique.
Combler le manque de professionnels formés à la lutte antipaludique
Toutefois, le DDT n'est pas une panacée et l'Inde peut également aider avec de nombreux autres aspects de la lutte contre le paludisme. Bien que nous sachions comment le paludisme se transmet et comment il peut être guéri, il s’agit en fait d’une maladie très complexe. Selon l’environnement, la reproduction des moustiques, leurs piqures et leur comportement diffèrent.
Ainsi, comprendre les populations locales de moustiques afin d'arrêter la transmission est crucial. Malheureusement, la plupart des pays africains manquent de professionnels formés à la lutte antipaludique, en mesure de développer des stratégies de lutte contre la maladie et de surveiller en permanence les résultats et l’adaptation des interventions.
Puisque l'Inde est face à des défis similaires, accroître la collaboration et financer des centres de lutte contre le paludisme en Afrique profiterait aux deux territoires.
Faciliter l'accès aux traitements
En plus d'aider à améliorer le contrôle des moustiques, l'Inde peut aider l'Afrique à faciliter l'accès à des médicaments antipaludiques sûrs, efficaces et abordables. L'Inde est un important producteur des nouvelles associations thérapeutiques très efficaces à base d’artémisinine (ACT), le 1er niveau de traitement antipaludique dans la plupart des pays.
Aider les pays africains à faciliter l'accès à ces médicaments plus coûteux et s'assurer qu'ils sont utilisés de façon rationnelle serait une opportunité supplémentaire de collaboration Afrique-Inde.
La Chine, souvent considérée comme le rival de l'Inde dans les relations avec l'Afrique, a également choisi d'utiliser le paludisme dans sa cour à l'Afrique. Malheureusement, le gouvernement chinois a souvent choisi de déverser de grandes quantités de traitements gratuits contre le paludisme dans les pays africains qui ne sont ni approuvés par l'Organisation mondiale de la Santé ni par les pays eux-mêmes. Ce n'est pas un moyen utile ni constructif de lutter contre le paludisme ou de construire des partenariats durables. Si l'Inde se concentre sur l'aide aux pays africains dans les technologies d'accès appropriées et approuvées et dans le renforcement des systèmes de santé pour les mettre en œuvre, cela promouvrait des relations profitables aux deux régions pour les nombreuses années à venir.
L’initiative de l'Inde d’aider dans la lutte contre le paludisme en Afrique pourrait être un moyen à très faible coût d’améliorer la vie de certaines des personnes les plus pauvres, tout en renforçant la présence de l'Inde sur le continent africain.
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