Guerre forcée en Libye et néo-colonisation : Quels présages pour l'Afrique?

kadhafi

Au moment o? cet article est publié, le gouvernement souverain de la Libye aurait été renversé par une force rebelle, armée de façon flagrante par les occidentaux, parrainée et soutenue par le bras de fer du nouvel impérialisme de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Il y a six mois, les gouvernements français et britannique ont frénétiquement parrainé une résolution des Nations Unies afin de « protéger les civils de la Libye de son propre gouvernement. »

Peu importe que ce gouvernement souverain ait été confronté à une révolte armée par une région dissidente du pays. Peu importe que ces « rebelles » n’aient aucune légitimité. Peu importe que ces soi-disant « manifestants démocratiques » aient été responsables de la mort de centaines d’Africains noirs dans des pogroms racistes xénophobes dans les années 2000.

Rien de tout cela n’importait.

Le Printemps arabe, une occasion providentielle

Ce qui importait était que, dans la tourmente du soi-disant « Printemps arabe », une occasion providentielle se présentait à l'Occident de se débarrasser d'une épine politique dans son pied, celui qui était à la tête du continent africain et était dangereusement près de lui donner une autonomie beaucoup plus grande que celle qui lui avait accordée sous les prétextes de « l'aide » occidentale, des conseils économiques et du développement structurel.

Kadhafi, malgré sa flamboyance personnelle, a toujours cherché à impliquer son pays dans des unions, d’abord avec les Arabes puis avec les Africains. Lorsque Kadhafi a proposé l'unité panarabe, il a été bafoué, ridiculisé comme un fou ambitieux, insulté et ignoré par les Arabes. Il a finalement et raisonnablement abandonné et se tourna vers l'Afrique, estimant qu’il y avait plus d’espoir pour l’unité de l'Afrique. Alors qu’il était l'objet de sanctions par l'Occident, les Africains ont indéfectiblement soutenu Kadhafi. Nelson Mandela après sa libération des prisons de l'apartheid a défié les sanctions occidentales et se rendit en Libye par voie terrestre pour rencontrer et remercier le colonel Kadhafi pour son soutien moral et financier pendant la longue lutte contre l'apartheid. D'autres dirigeants africains ont suivi et ont régulièrement rendu visite à Kadhafi, rendant les sanctions totalement hors de propos.

Après que la guerre d'agression irakienne par l'administration Bush ait éclaté, Kadhafi a conclu un marché avec l'Occident, abandonnant ses programmes d’armements, qui comprenaient des armes nucléaires, en vue de se réintégrer dans le système économique mondial. Mais Kadhafi cherchait toujours à développer l'unité africaine : il a ainsi soulagé l’Afrique de la charge de payer 500 millions de dollars annuels à l’Europe pour l'usage de satellites. En effet, avec ses encouragements, l'Afrique a acheté ses propres satellites et maintenant le continent communique sans compter sur l'Europe. Kadhafi a également proposé une monnaie africaine unique basée sur l'or qui aurait sonné le glas de du CFA et enlevé une grande partie de l'influence et du pouvoir de la France sur l’Afrique. Un fonds monétaire africain était également dans les pipes ; ce qui aurait mis encore un peu plus l'Afrique sur la voie de la vraie indépendance économique et politique. Puis il y a eu la plaidoirie du leader libyen en faveur d’une armée de millions d'hommes africains. Ce fut la ligne rouge qu’il ne fallait pas franchir… De là l'Occident a décidé de mater la Libye.

Les événements autour de ce qu’on appelle le « printemps arabe » semblaient taillés sur mesure pour les plans de l’Occident. Pendant la nuit, des groupes armés s'étaient présentés à Benghazi et un modèle organisé a émergé pour le renversement de Kadhafi. D'abord il y a eu la « préoccupation » pour la vie des civils, toujours une bonne corde sensible (peu importe qu’en Syrie, Bashar el Assad a ouvertement tué ses propres citoyens), puis les Français et les Britanniques sont intervenus en forçant un vote du Conseil de sécurité. En dépit du fait que les hauts fonctionnaires de l'administration américaine rejetaient l'importance stratégique de la Libye pour les intérêts américains, le secrétaire d'État, Hillary Clinton a poussé son agenda belliciste et traîné le président américain à bord de cette guerre d'agression flagrante. Le coup d’Etat était en cours.

Protestations muettes de l'Union Africaine : le ridicule ne tue pas...

Les « rebelles », une bande hétéroclite de voyous de week-end n'étaient pas de taille pour l'armée libyenne qui était légalement tenue de se défendre contre l'insurrection armée, donc l'OTAN (le nouveau poing cloué du néo-impérialisme du 21ème siècle) déchaîne sa puissance aérienne, les forces spéciales (les commandos de la Légion Etrangère Française, les SAS et les SEAL américains) contre le gouvernement légitime de la Libye.

Lorsque ce conflit a été imposé au peuple libyen, l'Union africaine a insisté sur le fait qu'il ne devrait pas y avoir d'intervention militaire, mais a rapidement été mise à l'écart et complètement ignorée par les putschistes et la presse complaisante occidentale. Alors qu’une nation souveraine, membre de l'Union Africaine était attaquée, les efforts africains pour trouver une solution par la médiation ont été complètement ignorés et ridiculisés.

Les dirigeants de l'Afrique qui auraient du dénoncé d'une seule voix l'agression contre un pays africain a lâchement acquiescé face à la guerre de l'OTAN, rendant bancales leurs protestations symboliques.

Qu'est-ce que cela présage pour l'Afrique?

Ce qui se passe en Libye est un présage de ce que l'Occident a en réserve pour l'Afrique. Une véritable indépendance, et l'unité africaine ne sera pas tolérée. L'Afrique est trop riche en ressources dont le monde a besoin pour être autorisée à contrôler son propre destin. Cette guerre n'est pas seulement contre Kadhafi. Il s'agit d'une première salve d'une guerre pour libérer le continent afin d’asseoir les intérêts étrangers, tout comme cela a été le cas en 1896 à l’époque de la ruée vers l'Afrique.

Les dirigeants africains n'ont pas la foi en leurs propres capacités ni en la puissance de leur peuple. La Libye aurait pu être sauvée, si les Africains avaient été unis et parlés d’une voix retentissante dans le monde, exprimant leur opposition à cette guerre d'agression. L'UA aurait pu appelé à l'expulsion des diplomates des pays de l'OTAN qui ont pris part à la guerre, ils auraient pu exhorté leurs citoyens à manifester dans les rues en faveur d’une « non-intervention en Libye ». Les pays producteurs de pétrole auraient pu ralentir leurs robinets de pétrole, faisant monter le prix de l'essence, ils auraient pu protester plus fort. Les mêmes forces qui ont divisé le Soudan en deux poursuivent leur processus visant à fragmenter encore plus l'Afrique en morceaux plus faibles donc plus gérables.

Qu'est-ce qui se passera après la chute de Kadhafi ? Tous les programmes progressistes qu'il avait initiés seront démantelés et l'idée de l'unité africaine répudiée comme les rêves d’un fou.

Les intérêts économiques étrangers viendront pour dépecer la tarte, l'instabilité va prendre racine, comme en Irak, sous le couvert d’une démocratie multipartite (qui devrait être un anathème pour les Africains car elle a apporté plus de chaos que de confort), l'Occident installera des bases militaires permanentes pour contrôler la mer Méditerranée et établira ainsi une tête de pont pour la reconquête de l'Afrique.

Ce n'est pas un fantasme. L'Occident n'est pas prêt à renoncer à son hégémonie et à avancer tranquillement dans l’ombre. Les néo-colonisation de l'Afrique avait commencé immédiatement après les « indépendances » avec les programmes d'aide qui ont créé des dépendances, les bases militaires françaises qui n'ont jamais fermé, les ajustements structurels, les missionnaires qui divisent et embrouillent spirituellement le peuple, le déversement de déchets toxiques et la signature et l'application d’accords économiques qui n'ont jamais été dans l'intérêt des peuples africains.

Beaucoup de dirigeants africains pour des raisons égoïstes, essentiellement pécuniaires, ont collaboré à ce pillage de l'Afrique, en ignorant la volonté de ses peuples. Le retrait du pouvoir de Kadhafi ne doit pas être quelque chose à célébrer pour les Africains. Il doit être pleuré. Comme ces interventions néo-impérialistes et néo-colonialistes s'intensifient, il serait ironique que dans vingt ans maintenant, les Africains auraient à combattre, encore une fois, contre les guerres amères révolutionnaire qui leur ont ostensiblement apporté la liberté.

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Par Amengeo Amengeo, spécialiste en histoire espagnole, latino-américaine, caribéenne, et africaine. Il a également été journaliste, fonctionnaire et artiste graphique. Traduction, Adaptation, Références et Intertitres : Gérard K.B., pour nextafrique.com.

Bernard Milot
Auteur: Bernard MilotSite web: http://www.nextafrique.com
Juriste en cabinet de conseil, Bernard travaille sur les questions de fiscalité internationale. Ses centres d'intérêts sont le droit, l'économie, et les sciences humaines.

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