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Pourquoi le Président Laurent Gbagbo sera libéré

  • Écrit par Notre Voie, Par Dr BOGA SAKO GERVAIS

Le 13 août prochain, s’ouvrira l’audience de confirmation des charges du Président de la République Laurent Gbagbo, renversé le 11 avril 2011 par la volonté de la Communauté internationale, notamment grâce à l’intervention de l’armée française, sous les ordres de l’ex-Président Nicolas Sarkozy.

Avant ce rendez-vous historique, où la Cour pénale internationale (CPI) joue toute sa crédibilité, il me plaît d’exposer ici quelques raisons qui fondent ma conviction en la libération très prochaine de M. Gbagbo.

1/ DU STATUT DE L’ACCUSE :

La principale problématique de ce procès sera sans doute de clarifier en tant que qui M. Laurent Gbagbo est-il poursuivi. Qui accuse-t-on : un Président de la République ou un vulgaire criminel ?

Si le Procureur réussissait à démontrer que le Président Gbagbo est poursuivi en tant qu’usurpateur du titre de Président de la République après l’élection du 28 novembre 2010 ; alors, très facilement il sera condamné. Car tous les crimes commis de cette crise découleraient alors de son forfait et il en serait le responsable.

Or, très malheureusement, cette tâche est presqu’impossible ! Parce qu’il y a bien eu la proclamation du Conseil Constitutionnel ivoirien le 03 décembre et la prestation de serment le 04 décembre 2010, conformément à la Constitution ivoirienne. Et tant pis, si le président et des membres de ce Conseil étaient des proches de M. Gbagbo. Puisqu’il en était de même pour M. Youssouf Bakayoko, le président, ainsi que la plupart des membres de la Commission électorale (dite) indépendante (CEI) qui sont des proches de MM. Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Les règles et les acteurs étaient bien connus et acceptés par toutes les parties avant l’élection.

Ainsi, dès lors que le Président Laurent Gbagbo et son Conseil auront démontré la légalité du mandat présidentiel qui avait débuté le 04 décembre 2010, la plupart des accusations formulées contre M. Gbagbo s’effriteront d’elles-mêmes. Sauf celles relatives aux violations graves des Droits de l’Homme ; s’il en existe de fondées.

2/ DES FAITS REPROCHÉS A M. GBAGBO :

En attendant la confirmation des charges portées contre le Président Laurent Gbagbo, quatre faits spécifiques lui sont imputés par M. Ocampo :

-Les violences liées à la « marche de l’opposition » sur la RTI, le 16 décembre 2010, qui a fait environ une quarantaine de morts et des dizaines de blessés ;

-L’attaque à l’arme lourde contre une marche des femmes pro-Ouattara à Abobo, le 1er mars 2011, qui a causé la mort de sept femmes ;

-Le bombardement présumé d’un marché à Abobo, imputé aux FDS dès le 19 mars 2011, qui aurait coûté la vie à plus de vingt-cinq personnes ;

- Les tueries des pro-Ouattara à Yopougon, aux lendemains de la capture de M. Gbagbo le 11 avril 2011.

Le Président Laurent Gbagbo, quand bien même il sera pris comme Président de la République, devra clarifier son degré d’implication dans ces crimes et violations graves des Droits de l’Homme imputés aux FDS, en tant que Chef suprême des armées ; certes.

Toutefois, deux préoccupations subsistent. D’abord, on s’interroge pourquoi le Chef suprême des armées est-il aux arrêts, alors que le chef d’état-major et le commandant supérieur de la gendarmerie sont épargnés et même nommés ambassadeurs parce qu’ils ont fait allégeance à M. Ouattara ?

Ensuite, on est choqué, surtout en tant qu’Ivoirien et Défenseur des Droits de l’Homme, de voir le procureur de la CPI s’autoriser à trier les victimes de la crise postélectorale. Comment peut-on prétendre, objectivement, rendre justice dans cette crise, en présentant M. Gbagbo et les siens comme seuls coupables et les rebelles pro-Ouattara comme victimes ?

Qui jugera l’extermination des populations du village d’Anonkoua-Kouté dans la nuit du 6 au 7 mars 2011 par les rebelles pro-Ouattara, sous le nom de « commando invisible » ?

Qui défendra les familles des victimes du massacre de Duekoué découvert par la Croix-Rouge le 29 mars 2011, du fait des FRCI ? Ainsi que toutes les tueries commises dans les villes traversées par ces FRCI avant d’atteindre Abidjan : à Daloa, à Gagnoa, à Lakota, à Divo, à Tiassalé et particulièrement à Yopougon…

Qui plaidera les cas des centaines de jeunes qui ont été bombardés peu avant le 11 avril 2011 devant la résidence présidentielle à Cocody par l’armée française, parce qu’ils ont soutenu la décision du Conseil constitutionnel de la République de Côte d’Ivoire ? (Je suggèrerais de lire : La Guerre d’Abidjan n’aurait jamais dû avoir lieu.)

La CPI doit donc refuser de cautionner la politique politicienne et dire « NON ! » à la justice des vainqueurs ! Car, ceux qui accusent sont sans doute pires !

3/ DU STATUT DES ACCUSATEURS :

Les principaux accusateurs de M. Laurent Gbagbo, ceux qui ont pris la grave décision de le faire juger devant la CPI, ce sont M. Alassane Ouattara, l’actuel Chef de l’Etat et son gouvernement dirigé alors par M. Guillaume Soro, le chef de la rébellion des Forces nouvelles, avec pour maître d’œuvre, M. Kouadio Ahoussou Jeannot, propulsé actuellement premier ministre.

S’agissant de M. Soro et ses chefs rebelles, ils ont beau se faire passer pour des faiseurs de démocratie, jamais ils n’effaceront les crimes de tous genres qu’ils assument depuis la nuit du 18 septembre 2002 jusqu’à ce jour. Ils ont les mains tachées du sang de plusieurs milliers de morts. Tôt ou tard, ils devront en répondre ! (Je conseillerais le livre : Les Droits de l’Homme à l’épreuve, cas de la crise ivoirienne du 19 septembre 2002, à L’Harmattan.)

Quant au Président Alassane Ouattara, il devrait avoir à l’esprit qu’en ayant pris la décision de muer les rebelles des Forces nouvelles en FRCI par son ordonnance du 17 mars 2011, il s’est rendu responsable de tous les crimes que ceux-ci commettent depuis cette date à ce jour, dont les massacres de Duekoué du 29 mars 2011.

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le Président Laurent Gbagbo sera libéré très bientôt ! Et les Filles et les Fils de la Côte d’Ivoire se réconcilieront !

____

Fait à Bruxelles, le 9 juin 2012

Dr BOGA SAKO GERVAIS

  • Enseignant-Chercheur à l’Université de Côte d’Ivoire ;
  • Membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) ;
  • Président de la Fondation Ivoirienne pour Les Droits de l’Homme et la vie Politique (FIDHOP);


A propos de l'auteur
Notre Voie
Notre Voie est un quotidien ivoirien, proche du FPI, consacré à l'actualité ivoirienne.

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