Reconquête de l’Azawad : Le défi titanesque de l’armée malienne
- Écrit par L'Observateur Paalga, Par Saïdou Alceny BARRY
Ainsi, au nom d’une vanité cocardière, le Mali vient, par la voix de son chef d’état-major, Ibrahima Dembélé, de rejeter le plan concocté par les états-majors de la CEDEAO pour la reconquête du Nord-Mali, en refusant d’accueillir des troupes étrangères sur son sol, arguant que l’armée malienne est à même de protéger les institutions de transition et de libérer les territoires du Nord, occupés par les groupes islamistes armés depuis le 17 janvier 2012.
Pourtant l’histoire devrait enseigner la modestie à ceux qui brandissent la mystique d’un nationalisme étriqué, car Soundjata Kéita, le fondateur de l’empire Manding, actuel Mali, aurait fait appel à des contingents étrangers pour le débarrasser de Soumangourou Kanté, le roi de Sosso.
Selon Djibril Tamsir Niane, qui a écrit l’Epopée du Manding, des archers bobos partis de l’actuel Burkina auraient pris part à la bataille de Kirina aux côtés du Lion du Manding. Aussi, si l’on peut comprendre l'hypermétropie des autorités maliennes dans la lecture du présent, une capacité qui n’est pas donnée au premier venu, leur amnésie face à l’Histoire est impardonnable. En outre, on peut légitimement douter de la capacité de cette armée à bouter hors du septentrion les islamistes.
Face à des combattants islamistes aguerris par leurs engagements sur tous les points chauds du globe, de l’Afghanistan à la Lybie en passant par la Somalie, que vaut cette armée minée par des dissensions internes, clivée entre bérets verts, pro-Sanogo, et bérets rouges, nostalgiques de l’ère ATT ? Très peu ! N’en déplaise aux putschistes du camp de Kati, qui jouent les matamores à Bamako, provoquant stupeurs et tremblements chez les hommes politiques et les journalistes, une équipée armée contre les occupants du Nord ne sera pas une balade de santé.
Pour reconstruire une véritable armée, lui redonner un mental fort après sa dernière déculottée face au MNLA et lui faire retrouver son unité perdue, il faut du temps. Et c’est justement le temps qui fait réellement défaut, au vu de l’urgence qu’il y a à libérer le Nord. Le défi est par conséquent titanesque pour l’armée malienne, et ce n’est pas joué donc à la Cassandre que dire que la partie sera difficile, voire quasi impossible à gagner.
Même avec l’accompagnement des forces de la CEDEAO et l’aide de la communauté internationale, on ne peut parier sur une victoire éclair des forces coalisées. D’ailleurs, sans un appui aérien conséquent et la fourniture des renseignements par la première armée du monde, celle des Etats-Unis, qui, échaudés malheureusement par les bourbiers irakien et afghan, se montrent circonspects dans le cas malien, ce sera à coup sûr l’enlisement dans les sables mouvants de l’Azawad.
Que l’armée s’arc-boute sur l’idée de mener seule la charge contre l’ennemi islamiste au nom d’un nationalisme comminatoire est compréhensible, du moment que le chauvinisme lui est atavique ; mais que la classe politique malienne la suive sur cette pente a de quoi décevoir ceux, au rang desquels la CEDEAO, qui escomptaient que le retour de Diacounda Traoré sonnerait le printemps démocratique avec la reprise en main des affaires par les civils. Ils ont là un printemps mais sans fleurs. George Clémenceau disait que la guerre était une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires. Apparemment, le Président de transition préfère s’en laver les mains comme Ponce Pilate au lieu de suivre le conseil de l’homme politique français.
Pourtant les autorités maliennes devraient savoir que les peuples pardonnent aux hommes d’Etat leur cynisme mais rarement leur indolence. A force d’avoir continuellement le doigt sur la couture du pantalon en face du capitaine Sanogo et de sa clique de putschistes, Diacounda Traoré montre qu’il n’est apparemment pas à la taille de la mission à lui assignée par l’Histoire : sortir le Mali des serres des islamistes et des militaires et la remettre sur les rails de la vraie démocratie. On espérait le retour des jacobins, et ce sont les faucons qui restent à la manœuvre. Reste donc à souhaiter que la cavalcade solitaire de l’armée malienne dans l’Azawad ne soit pas la bérézina.
Par Saïdou Alceny BARRY, originellement publié sur l'Observateur.bf
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